Jeudi 8 mai 2008
Asibella se maudit, et elle a bien raison.

Après avoir imprudemment et inconsciemment essayé de déloger par elle même un petit furoncle locataire impertinent qui s'était logé dans sa jambe, elle l'a vu grandir avec émotion jusqu'à atteindre la taille d'une galette saint Michel. Aïe, j'ai beau être matinale j'ai mal.

C'est même pas de ma faute, je suis atteinte du syndrôme de Mère Courage-même pas froid-même pas faim-même pas soif.
 
Mère Courage n'a jamais froid. Oui. Il fait - 15 dehors, on a décidé d'aller en randonnée, chouette !
Mère Courage enmitoufle, encapuchonne, lace et empaquette pendant 15 minutes tout son petit monde. Quand le paquet est ficelé et qu'on a déjà fait quelques kilomètres, oups, Mère "froidmoi?jamais!" s'aperçoit qu'elle a pris sa vareuse à la place de sa doudoune et qu'elle porte des espadrilles au pied... (Eh non, même pas de Damart en dessous, on a le droit de citer des marques ?)
C'est pas grave, elle revient avec une bronchite carabinée et des ampoules jusqu'à l'os, elle s'en remettra, d'ailleurs elle s'en remet très vite, et personne n'en entend parler son mari est très patient et compréhensif.

Mère Courage n'a jamais faim. Enfin nan c'est même pas vrai. Mère Courage a un solide appétit, personne n'est parfait, même pas Mère Courage.

Mère Courage n'a jamais soif. Ca c'est vrai !
A tel point qu'elle peut oublier de se désaltérer une journée entière. C'est quand ses globes oculaires ressemblent à deux bigorneaux séchés qu'elle se décide à vider d'un trait une bouteille d'1 litre. D'eau.
Boire sans soif, quelle tristesse...
N'empêche, Mère Courage collectionne les infections urinaires. Fodrait qu'elle fasse comme les ptis vieux. Un bracelet montre qui sonne toutes les deux heures, lui rappelant qu'il faut qu'elle s'hydrate si elle ne veut pas finir dyalisée à 40 ans.

Et pourtant hier, Mère Courage n'a pas été courageuse.

Direction l'hosto après une semaine de tergiversations "j'y vais j'y vais pas, fuck GI, nan j'ai pas envie, c'est pas sérieux quand même, rooo ça va bien passer tout seul en le désinfectant, ça fait quand même un mal de chien cette merde..."
Finalement la douleur a eu raison de ma patience et de mon inconscience, j'y vais, je case mes trolls chez une bonne copine et je vais consulter dans une clinique roumaine, en anglais. Va expliquer en globish que t'as un truc immonde qui pousse sur le haut de ta cuisse et que tu jongles comme c'est pas permis, que ton mari peut plus t'effleurer de son petit doigt depuis une semaine parceque tu sonnes l'allali, bref ENLEVEZ MOI TOUT DE SUITE CE TRUC DE MERDE OU JE PETE TOUT !

C'est donc tendue comme un string dans un état d' esprit passablement nerveux que je me suis présentée à l'accueil de Medicover.

Je suis tout de suite prise en charge, revenez à 15 h doamna Peltier, on vous fera une incision.
Voilà je rentre, il est 11 h.

J'ai 4 heures pour flipper, et je les emploie à bon escient. Je flippe comme une dingue. Docteur inconnu, médecine inconnue, pays inconnu. Ils en sont où des règles d'hygiène et d'aseptie ? Et sur le plan chirurgical, est ce qu'ils connaissent vraiment leur affaire ? Merde je me suis pas fait vacciner contre l'hépatite B.......  Projetez de vous faire charcuter à Bucarest et on en reparle.

14 h 30 je suis en salle d'attente. 
J'ai envie d'en finir le plus vite possible. 

15 h 25 J'entre enfin en "salle d'op". 

"On va vous faire une anesthésie locale". Je ne sais pas pourquoi je n'y crois pas trop.

L'abcès est profond, la première phalange du majeur. Je passe les détails croustillants, et j'avais raison d'avoir des doutes sur l'anesthésie, elle était juste cutanée, donc en surface. Le coup de bistouri est passé comme une lettre à la poste, le meilleur pire était à venir.
Une douleur mordante, brûlante, dévastatrice. 
I know it's painful... I have to clean it. 
Le téléphone du docteur sonne, son assistante le chope dans sa poche avec ses gants aseptisés. Il parle en roumain mais je comprends. Il est en train de commander son dîner à sa femme le bougre. 
Ca ne pouvait pas attendre ? Bistouris en l'air, mon fessard tailladé devant lui, il envisage une salade de tomates, du poulet pané et de la purée... 
"Come on..." osai-je dire faiblement. Le coup de fil prend fin et il termine son sale boulot.
Je me mords les lèvres pour ne pas hurler, il y a des enfants en salle d'attente... Je verse des larmes silencieuses, l'interne me caresse les cheveux comme une petite fille.
C'est enfin terminé, je suis lessivée, ça a du prendre 10 minutes à tout casser, ça m'a paru une éternité.
Je me redresse, me lève, me rassied, j'ai juste le temps de dire "I don't feel good"
Trou noir.
J'entends des voix, comme une grande agitation autour de moi. J'entends mais je ne sens rien. Je sais qu'il y  a du monde autour, j'aimerais pouvoir dire quelquechose mais je ne peux pas. Je ne vois rien.
Mes jambes sont surélevées, j'ai une sensation très nette d'humidité sur les jambes et je vois défiler ma vie en flashs. Je vois mon grand père, ma fille, François. C'est très tourmenté. Comme si j'étais dans un étage parallèle sans pouvoir accéder à la réalité.
J'étais encore inconsciente et je me souviens m'être demandé ce qu'il m'arrivait.
Lorsqu'enfin je reprends mes esprits, je vois l'interne, une femme, qui me parle et me demande si je sais où je suis.
Je dis oui en roumain, incroyable mais vrai.
L'humidité, c'est très gênant... je me suis détendue d'un coup, plus aucun contrôle, voilà ça m'est arrivé.
Je me rallonge, du glucose en perf et les idées un peu floues.

A aucun moment je ne me suis inquiétée, la seule chose que j'avais en tête c'était que j'allais encore passer au moins une heure ici. Je n'ai qu'une envie c'est de partir et de ne jamais remettre les pieds ici, aussi gentils et compétents soient ils.

Manque de bol, je vais devoir remettre ça tous les jours de la semaine. Ils m'ont posé une sorte de drain qu'il faut changer tous les jours, et non sans douleur. J'y suis retournée ce matin, la douleur était encore plus atroce qu'hier, mais cette fois j'ai pris mon temps pour me relever.

Je peux quand même marcher et vivre presque normalement.

Vivement que tout ça soit loin, j'ai des nausées rien qu'à l'idée de retourner là bas demain. 

Ca me servira de leçon. Ne JAMAIS toucher à un bouton suspect tout seul. Maintenant j'ai compris !



 






par Asibella publié dans : Grattage de nombril
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